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Louis Babel, missionnaire oblat de Marie-Immaculé, explora l’intérieur du Labrador entre 1866 et 1870 afin de rencontrer les Naskapis sur leur territoire dans le but de les évangéliser. S’adaptant au nomadisme pour accomplir sa mission « civilisatrice », le missionnaire voyagea au travers de nutshimit (l’intérieur du territoire) pour la première fois en 1866, guidé par deux Innus. L’analyse du texte de son journal d’exploration, et en particulier du récit de la relation qu’il entretient avec ses guides, permet de raconter le premier voyage du missionnaire en soulignant son statut de vulnérabilité et de redonner une agentivité aux Innus qui l’ont accompagné. Au terme de ses quatre voyages de mission, le père Babel réalise une carte du territoire parcouru, assemblée à partir de plus de 80 croquis tracés lors de ses explorations. Contribuant à noircir en partie un espace jusqu’alors perçu comme terra incognita par le monde occidental, la carte circule rapidement hors des mains du missionnaire et sera publiée en 1873 par le Département des Terres de la Couronne du Québec. Résultat de la traduction et de l’accaparement des savoirs géographiques des Innus et des Naskapis, la publication de la carte du père Babel insère les connaissances autochtones du territoire dans le cadre d’un régime épistémologique occidental. En cartographiant le chemin parcouru, la volonté initiale de Babel était d’acquérir une plus grande autonomie et d’améliorer sa mobilité sur le territoire. Toutefois, en permettant aux États canadien et québécois de se projeter sur le territoire et d’y revendiquer leur autorité, sa carte prépare le colonialisme d’exploitation qui se déploie au Labrador au cours du siècle suivant.
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Ce mémoire examine l’écriture autobiographique des militantes communistes montréalaises Julia Couture-Boucher et Rose-Blanche Gélinas. Membres du Parti ouvrier progressiste et/ou du Parti communiste canadien, elles s’engagent dans le militantisme lors des années 1930. L’écriture autobiographique a eu lieu en fin de parcours politique, à partir des années 1970. Les documents ayant permis cette étude de l’écriture du soi militant sont les récits autobiographiques des deux femmes, conservés aux Archives Passe-Mémoire à Montréal. L’étude propose de réfléchir des cas d’écriture à la première personne d’une militance communiste féminine qui présente ses bilans. Les récits en question sont des histoires de luttes, des souvenirs de combats contre les injustices sociales et les inégalités de genre. La présente étude tend à démontrer que les pratiques scripturales du militantisme communiste féminin participent d’un engagement politique pour une plus grande justice sociale. La démarche vise à restituer des paroles féminines tues par l’ordre capitaliste patriarcal des sociétés canadienne et québécoise. Les analyses permettent également de proposer qu’il y dans cet acte de transmission écrite des souvenirs de la lutte communiste, fabrication de cartouches politiques nouvelles dans un cycle qui se répète et se rejoue.
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La présente étude s’articule autour du concept médiéval de l’historia et de la production hagiographique et historiographique qui s’y rattachait, dans la Gaule des VIIe et VIIIe siècles. La recherche récente sur les hagiographies politisées du VIIe siècle suggère que ces oeuvres pouvaient être porteuses d’une réflexion normative sur le système de valeurs et les comportements de l’élite dirigeante franque. Les stratégies mises en place pour assurer l’adhésion de l’audience aux propos des hagiographes, conjuguées à la fonction médiatrice de ces Vitae et à la conscience de l’autorité monastique qui s’en dégagent constituent le point de départ de la présente contribution. Celle-ci s’intéresse à un texte historiographique de la fin de l’époque mérovingienne, le Liber Historiae Francorum, et s’attache à déterminer dans quelle mesure un discours sur les normes sociales concernant l’exercice du pouvoir se manifeste aussi, dans cette mise en récit de l’histoire des Francs. Dans une approche stylistique comparative, l’analyse des stratégies narratives mobilisées par l’auteur du Liber Historiae Francorum, en parallèle avec d’autres textes historiographiques et hagiographiques mérovingiens, met en lumière les codes de comportements considérés comme désirables, au début du VIIIe siècle, au sein de l’élite dirigeante. Le Liber Historiae Francorum présente en effet des exempla de bons et de mauvais souverains, à travers la valorisation, dans les attitudes et comportements de ces personnages, des vertus chrétiennes et de certains idéaux de gouvernance. Une telle lecture d’un texte a priori historiographique permet d’ouvrir des pistes de réflexion concernant le rôle et l’influence qu’ont pu avoir certains monastères gaulois dans l’élaboration d’un discours normatif concernant l’exercice du pouvoir chez les Francs.
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Ce mémoire vise à dégager l’édifice politique que les Huns léguèrent aux Avars et aux Bulgares entre le cinquième siècle et l’aube du onzième siècle. Pour ce faire, il faut tout d’abord définir ce monument politique hunnique. Le premier pan de ce travail sera donc le dégagement des principes doctrinaux qui animaient le pouvoir des seigneurs des steppes et qui orientaient leur idéologie. Ce langage politique s’est transformé sur la longue durée en une koinê que tous les groupes barbares, sur l’ensemble de la charnière eurasiatique, étaient à même d’interpréter. Ensuite, les facteurs qui facilitaient l’hégémonie d’un clan donné seront identifiés. En fonction des éléments précédemment dégagés, les entités politiques steppiques seront définies comme des cartels. Cet idiome, emprunté aux sciences économiques sera mobilisé afin d’énoncer les objectifs des chefs de cartels de manière plus claire. Ceux-ci découlaient d’un désir des chefs d’obtenir la mainmise sur un marché global des biens de prestige et des honneurs. Afin d’identifier correctement les buts des cartels steppiques, il est ceci-dit nécessaire de travailler en adoptant une approche eurasiatique et interactioniste afin de rendre compte de la fluidité de l’ordre politique steppique pendant l’Antiquité tardive. En effet, les chefs de cartels et ceux qui ont fait le choix d’adhérer à leurs projets politiques ont été contraints de relever des défis toujours plus grands tels des crises climatiques, la consolidation des États voisins en empires aux prétentions universelles et la complexification des systèmes sur lesquels ils essayaient d’assoir leur hégémonie. En occident, les Huns - entendus comme un groupe politique uni en un cartel mené par le clan d’Attila - ont presque réussi à s’enraciner durablement, mais les réformes d’Attila ont brisé l’accord de cartel qui unissait toutes ces populations disparates, ces « entreprises », entre elles. Ainsi, dès lors qu’Attila et son clan disparaissaient au milieu du cinquième siècle, les groupes auparavant unis sous une même bannière devaient trouver un nouveau terrain d’entente. Ce terrain d’entente sera dégagé par les Avars et la maison de Baïan, qui réussit à unir tous les groupes anciennement affiliés aux Huns derrière une nouvelle dynastie tout autant prestigieuse qui avait les moyens fournir une alternative à l’intégration au monde romain. Plus tard, les Bulgares ont émergé afin de fournir, eux aussi, une alternative à Rome et aux Avars. Ils réussirent leur pari en mobilisant le souvenir d’Attila mais également en adoptant un langage politique qu’ils avaient emprunté tant au cartel des GökTürks qu’aux Romains.
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En reconnaissant aux émotions la capacité d’être agent de l’histoire, cette recherche s’interroge sur la place qu’occupe la colère dans la société montréalaise des XVIIe et XVIIIe siècles à l’aide de deux corpus de sources. Il sera d’abord question d’observer le discours religieux sur les passions en analysant comment se déploie le message chrétien sur l’émotion à partir des sermons et catéchismes des prêtres sulpiciens. Si la colère est un péché à fuir, les émotions ne sont pas un mal en soi et doivent participer au cheminement spirituel. Ce discours, critique de la société qu’il décrit, condamne la colère que l’honneur blessé provoque, source de vengeance. La violence des conflits d’honneur est au cœur du second corpus, composé des archives judiciaires de Montréal. Plus qu’une réaction affective, la colère se révèle comme phénomène relationnel qui influence les interactions interpersonnelles. Elle participe à créer un rituel de l’affrontement dans lequel la violence est acceptée comme étant nécessaire à défendre l’honneur. Enfin, toutes les colères ne sont pas interprétées de la même façon. Une colère est légitime du moment qu’elle permet de reproduire les rapports de domination qui structurent la société d’Ancien Régime. Ainsi, son bien-fondé dépend des divers critères intersectionnels qui caractérisent les individus. Le courroux peut aussi bien être outil de l’imposition du pouvoir, que dénoncé comme force perturbatrice de l’ordre naturel des choses.
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Malgré l’abondance d’études à propos de la liturgie féminine mérovingienne, la présente recherche a pour particularité de prendre les textes hagiographiques comme point de départ à sa réflexion. Nous tenterons alors d’analyser les limites de l’hagiographie féminine mérovingienne quant à la représentation de la liturgie qui est opérée, principalement, par les saintes et leur communauté. Aussi, nous entreprendrons de comprendre comment ces différentes formes de liturgie sont abordée dans les Vies. Pour ce faire, nous avons une démarche à la fois quantitative et qualitative. Une définition au sens large de la liturgie, et une lecture systématique des sources du corpus, nous a mené à pouvoir établir des micro et macro-catégories pour les différents actes et pratiques liturgiques se trouvant dans les Vies. Nous avons ensuite pu quantifier ces micro-catégories afin de nous pencher à la fois sur la fréquence de ces actes dans les Vies du corpus et sur la présence des gestes, larmes et émotions lors de la pratique liturgique. Le volet qualitatif, quant à lui, se concentre sur la place narrative des actes et pratiques liturgiques dans les Vies de notre corpus. Pour ce faire, nous avons repéré des éléments narratifs communs à toutes les Vies afin de pouvoir les étudier de manière simultanée. Ensuite, nous abordons l’efficacité liturgique des saintes en nous penchant sur les miracles. Pour finir, nous analysons l’apport du geste, des larmes et de l’émotion dans la pratique liturgique des femmes saintes et de leur communauté.
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Dans les années 1880, la France s’extirpait de dix années de repentance que sa défaite à l’issu de la guerre franco-prussienne en 1871 lui avait imposée. Déterminée à afficher son retour en force aux puissances européennes, elle se relança dans la course aux colonies avec une ardeur inégalée jusqu’à la Première Guerre mondiale. Si le Second Empire ne se préoccupa que très peu de la méfiance et de l’indifférence du public à l’égard de l’empire, les intentions expansionnistes de la Troisième République dépendaient, quant à elles, de l’appui de l’électorat, rendant son soutien, voire son engouement indispensable. Outre un argumentaire économique, une « culture coloniale » s’imbriqua dans les multiples sphères culturelles consommées par les Françaises et les Français. Ce discours veillait à légitimer, promouvoir et familiariser le public aux colonies. Au travers une variété de leviers mobilisés pour mener à bien ces objectifs, l’archéologie en milieu colonial eut une place de choix dans les argumentaires. Profitant de sa maniabilité, sa polyvalence et son aspect tangible, elle agit autant en soutien aux récits légitimateurs glorifiant les empires romain et khmer déchus que comme moyen de promotion impériale. Son caractère mystérieux qui suscite, à ce jour, la curiosité du public, servit à stimuler l’intérêt, mais également le patriotisme des métropolitains. Bien que la place de l’archéologie dans ces argumentaires pro-coloniaux était connue, ce mémoire met en lumière la variété de ses usages qui servirent bien au-delà de la légitimation de la présence française en Afrique du Nord.
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Ce mémoire a pour sujet les communautés de caves qui émergent à Berlin dans le contexte des bombardements alliés durant la Seconde Guerre mondiale. Nées de la proximité prolongée de la population dans les abris antiaériens et de l’expérience commune du front intérieur, ces communautés offrent à leurs membres un soutien à la fois matériel et émotionnel. Se concentrant sur la période allant de janvier à juin 1945, cette recherche se penche sur la question du rôle des communautés de caves dans la survie des Berlinoises et sur l’impact de l’arrivée des soldats soviétiques sur leurs modes de survie individuels et collectifs. En nous appuyant sur des égo-documents et en empruntant les angles du genre, du quotidien et de la survie, nous soutiendrons que l’esprit communautaire qui émerge entre les Berlinoises dans les abris antiaériens affecte l’expérience et la survie de ces femmes, offrant à chacune des chances de survie plus égales, tant pendant la guerre, dans le contexte des bombardements, que dans l’après-guerre, dans le contexte de l’occupation soviétique et des violences sexuelles. Malgré des épreuves quotidiennes communes telles que la destruction, le manque de nourriture, le contact avec la mort et les violences sexuelles, les expériences relatives à cette période sont multiples, variant d’une Berlinoise à l’autre en fonction de divers facteurs personnels. Comme nous le verrons, les communautés permettent d’équilibrer les chances de survie de chacune face aux défis du quotidien.
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